Ce jour-là, c'était...

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Et si, en ce premier jour de mai, vous me racontiez votre première fois ? 2ème fois

Ma première fois, j'étais tout petit. Et j'étais angoissé. C'était la nuit, très tard et il faisait très sombre. Ou c'était l'matin, j'me souviens pu trop. Bref, j'étais pas rassuré, les questions s'enchaînaient dans ma tête de gosse. Et si, oui mais, et pourquoi, pourtant on m'avait dit que, j'aurais dû m'y préparer...

Soudain j'entends des crissements, réguliers au début. Puis qui s'accélèrent. Mais toujours suivant une sorte de rythme, de cadence. J'en souris, mon stress tombe un peu. Mes yeux commencent à s'habituer à la pénombre et discerner peu à peu des formes, mouvantes. Mon esprit recommence à galoper de plus belle. Des associations d'idée naissent, des flash de mémoire me renvoient des images, des photos, des scènes de film. Mais tout ça dans une sorte de flou, de brouillard blanc.

Et puis d'un coup, une sensation étrange. Quelque chose de froid me touche, qui devient tout d'suite chaud, presque brûlant. Pas vraiment solide, ni liquide. L'impression de s'enfoncer dedans. Une vague de chaleur m'envahit. La panique ? Pas vraiment, plutôt de la curiosité. Toutes ces contradictions éveillent tous mes sens. Les crissements saccadés me reviennent aux oreilles. J'me met à courir, pour mieux embrasser ces nouvelles sensations. Et pourtant, une impression étrange de n'pas avancer. Des picotements se font ressentir sur mon visage, puis mes mains, et un peu partout sur le corps, de façon presque aléatoire. Je relève la tête en arrière. Et j'me rend compte que je souris, un grand sourire, qui dépasse mes oreilles.

Le temps s'arrêta. Les crissements n'étaient plus. Le brouillard blanc était partout, semblant figer le monde dans une sérénité millénaire. C'était ma première fois, avec Nadège, la neige.

Posté le : 1er mai 2014

woman smoke

Et tant qu'on y est, pourquoi pas également votre deuxième fois ? 1ère fois

La deuxième fois c'était, comment dire, pas pareil. Pas moins bien, pas mieux non plus — rien ne vaut l'expérience d'une première fois — mais juste différent avec un p'tit air de déjà vu, un p'tit goût de reviens-y qui s'installe.

Par contre, je ne saurais dire à quel moment du jour ou d'la nuit ça s'est passé. Comme si la mémoire rangeait les premières et deuxièmes fois dans des tiroirs à part, ou carrément, dans des pièces séparées. Un grand beau salon, bien lumineux, cosy et douillet pour l'un, tandis que le second serait cantonné à un grenier encombré, mal éclairé où l'on avancerait à tâtons parmi d'autres souvenirs.
Pour autant, ne vous y trompez pas, les deux sont aussi chouette l'un que l'autre. Il y a ce p'tit parfum d'antan, ce je n'sais quoi d'inégalé, qui même s'il se fait plus distant au fil du temps, est à chaque retrouvailles plus vif, plus beau, plus poignant.

Cette fois-ci, bien que j'étais prêt mentalement, ayant encore les émotions de ma première expérience à fleur de peau, l'effet de surprise, bien que tardif, était là. Justement parce que mon esprit était occupé à revivre ce passé, mon corps lui, était assailli par le présent, livré à lui-même, avec pour seule mémoire ses réflexes musculaires.

La pénombre encore elle, joua son rôle de brouilleur de piste à la perfection. Des lueurs de bougie, ou de briquet, je n'saurais dire, venaient renforcer ce flou artistique propre aux souvenirs lointains. Des ombres mouvantes se projetaient tout autour de moi, saccadées et fluides à la fois, portées par une brise imperceptible. C'est elle qui sans aucun doute m'apporta des senteurs étranges. Mes narines durent prendre le temps de jouer avec, car cette information n'arriva que tardivement à mon cerveau occupé.

Et d'un coup, le flot de parfums m'envahit, projetant mon esprit dans l'temps présent, ne faisant plus qu'un avec tout mon corps. C'est à ce moment là que mes sens s'éveillèrent. Les sons qui m'entouraient devinrent des chuchotements, des murmures, une mélodie même. Ma peau devint plus sensible aux mouvements d'air tels des caresses. Mon nez qui jouait à décrypter les odeurs, les transmit alors à mon palais, puis à ma langue qui les repassa au palais tel un trampoline et les écrasa mollement sur mes lèvres. Ce va et vient dura... hmmm… une éternité.

Mes yeux eux en pleuraient. Les larmes en roulant créaient des formes généreuses ou venaient les accentuer. Illusion d'optique et autres effets spéciaux se mêlèrent à la danse. Toutes ces gouttes réfléchissantes, ces formes attrayantes, ces odeurs enivrantes… j'étais transporté dans un autre monde. J'étais béat. Ce même grand sourire, celui qui dépasse les oreilles, se forma comme la première fois.
C'était ma deuxième fois avec Aïcha, la chicha.

Posté le : 2 juin 2014