Ce jour-là, c'était...

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Le vieux qui n’voulait pas tomber sous l’charme de Scarlett Johansson et Le Procès de Viviane Amsalem

1, 2, 3 films à l’affiche. 1, 2, 3 pays, 3 langues, 3 univers et une myriade d’émotions. Allons d’abord en Suède, pour une p’tite excursion déjantée, explosive mais néanmoins instructive.
Un vieil homme, à l’aube de son centenaire, fait une dernière escapade, faite d’improbabilités qui s’enchaînent avec une aisance déconcertante et presque naturelle. Cette même aisance qui nous rappelle régulièrement que le monde est petit. Et que tout est connecté. Les événements, mais aussi les êtres humains.
Le cinéma nous offre cette année deux belles épopées rocambolesques et poétiques : "The Grand Budapest Hotel" et là, une adaptation du roman éponyme, qui cartonne en librairie, "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire". Une petite info à propos du casting, on y retrouve Mia Skäringer (Gunilla dans l’film), présente dans la série suédoise "Solsidan", comédie sociale qui vaut l’coup d’œil.

Note : la bande annonce est supposée être en VO mais la langue originale du film est bien le suédois, avec des passages en anglais, espagnol et français.


La salle suivante nous amène en Écosse pour sillonner les rues de Glasgow aux côtés de Scarlett, chasseuse d’homme. Son arme fatale ? Mais quelle question, j’vous laisse la regarder encore une fois...

La bande annonce d’Under The Skin c’est : une actrice-créature dont le charme n’est plus à prouver, des hommes pas plus malins que le papillon aveuglé et irrésistiblement attiré par la lumière, une ambiance sonore oppressante et des paysages implacables… tout était là pour piquer ma curiosité.
Et puis, j’ai eu l’malheur de regarder Arté et une certaine émission de Tracks, où un élément clé de l’histoire est révélé. Chose laissée en suspens à dessein dans la bande annonce.
Donc pendant tout l’film je savais déjà ce qui aurait dû m’intriguer et retenir mon attention. Pourtant ça ne m’a pas empêché de m’interroger sur d’autres points. Questions restées sans réponses au générique final. Pourquoi ? Parce que cela n’était pas l’objectif de l’histoire, Jonathan Glazer a eu certainement pour but de se focaliser sur d’autres aspects. Et c’est là, après avoir lu certains articles et interviews, que j’me suis rendu compte que j’ai trouvé le processus créatif et le tournage plus intéressants que le film en lui-même.
Pour l’anecdote, plusieurs scènes ont été tournés en caméra cachée, et quand les personnes parlent à Scarlett ils ne savent pas que c’est pour un film. (et certaines personnes ne la reconnaissent même pas)

J’ajouterais enfin que la musique, même si elle a été volontairement travaillée de façon à ne pas influencer la lecture du film et les sentiments du spectateur, est un des éléments qui m’a le plus plu. Justement grâce à sa singularité et sa capacité à renforcer l’atmosphère pesante.


Laissons la femme fatale et prédatrice à sa quête identitaire pour rejoindre une autre, victime, prisonnière pas seulement d’un mari mais d’une culture et de mœurs d’un autre âge.

Le couple Amsalem n’a jamais été heureux et le temps n’y peut rien.
Lui ne pense qu’à son plaisir personnel mais agit comme un mari et un père exemplaire aux yeux d’la communauté juive.
Elle, elle ne l’aime pas et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé durant les premières années de mariage. Cependant elle ne manque de rien et joui de libertés que certaines pourraient lui envier.
Lui ne peut faire autrement que de vivre avec cette femme, c’est son destin, et l’échec est vu comme une épreuve, une punition qu’il ne peut qu’accepter.
Elle, Viviane, n’en peut plus, cette liaison sans communication lui pèse, les enfants étant leur seul ciment, leur seule raison de vivre ensemble. Il est temps de divorcer.
Lui, Elisha, ne peut pas, ne veut pas, fera tout pour la garder. S’ensuit des mois, des années d’aller retours au tribunal. Il faut savoir que le mariage ne peut être rompu que par des rabbins, et le mari doit donner son consentement, selon un protocole très précis. C’est la loi en Israël.
Le ballet des témoins met en lumière des choses compromettantes, tourne parfois en d’autres procès contre ces mêmes témoins. On pensait assister au jugement d’un couple, et c’est tout une communauté qui se voit remise en question. La rhétorique, les regards, les non-dit, les gestes, aucun coup d’feu ou voitures qui explosent, mais l’action est là, ce huis-clos prend aux tripes, jusqu'au bout.
Mais il ne manque pas non plus de moments plus légers, comiques. Un d’mes passage préféré est certainement la réaction des rabbins quand Viviane a l’outrecuidance de détacher le démon qui se trouve sur sa tête. Oui, ses cheveux, qui sont d’ailleurs magnifique. Tout comme le jeu des acteurs. Ronit Elkabetz la réalisatrice, qui joue elle-même Viviane, a une prestance, une force et présence impressionnante. Une vraie pépite ce film.

Note : Ce film clot un tryptique thématique autour d'une femme, Viviane, et la recherche de liberté : Prendre femme - 2004Les 7 Jours - 2008Le Procès de Viviane Amsalem - 2014


Je n’peux terminer ce billet ciné, sans évoquer le prochain Ken Loach, "Jimmy’s Hall" que j’ai eu l’plaisir de voir en avant première.
On retourne en Grande Bretagne, mais cette fois en Irlande. Où le réalisateur nous dresse un portrait social comme il sait si bien les faire. Une Irlande immobilisée par le chômage et les tensions post-guerre civile. Une Église toute puissante qui fait tout pour garder son pouvoir, garder l’contrôle du peuple. Peuple qui pour occuper ses jours sans travail trouve son salut dans la danse, la musique et la culture au sens large. Et ça, l’Église ne peut l’permettre, c’est son domaine, elle seule est en charge de l’éducation de ses ouailles.
Mais le retour de Jimmy des États Unis, avec dans ses bagages des vinyles de jazz et ces nouvelles danses qui font fureur à New York va mettre le feu aux poudres. L’ancien hall de danse est réouvert et devient un foyer culturel et lieu de rassemblements sociaux et politiques. Les jeunes du village ont foi en Jimmy, ce héros local, espoir d’un avenir meilleur.

Inspiré d’une histoire vraie, ce film illustre bien la crainte de la nouveauté, du changement, notamment à travers l’Église, corps on n'peut plus conservateur, qui n’hésitera pas à devenir dictatrice et se faire l’alliée du gouvernement pour rétablir sa vérité.

Posté le : 1er juillet 2014